Et si je n’avais pas prévu assez ?
Mentalement je passe en revue les étapes des deux recettes…De toute façon les gens aimeront, la soupe ça plait toujours. Et la soupe, c’est universel.
Je crois que partout où j’ai voyagé j’ai découvert des soupes fabuleuses.

En Guyane elles étaient sous forme de blaff. A côté du marché, à Cayenne, sous un drôle de carbet qui ne payait pas de mine.

C’est là qu’on a tous atterri. On nous a servi des bols avec un genre de court bouillon très épicé, quelques légumes, des morceaux de poisson et de grosses crevettes. Il y avait un bruit terrible, tout le monde parlait fort et riait au fur et à mesure que la nuit tombait (là -bas ça va très vite), on s’est régalés. La soupe a duré très très longtemps. Puisqu’elle était très très épicée et parce que la femme venait nous en rajouter régulièrement… Une chouette bonne soirée avec la chaleur de ce blaff équatorial...

Il y a eu aussi cette soupe à l’oignon qu’on a préparée tard, à l’autre bout de l’Ile. A force de prendre le temps, c’est ce qui arrive quand on a décidé de ne plus avoir de montre en vacances, il n’y avait plus aucune épicerie ouverte sur Ré. Alors on a fait de l’impro avec ce qu’on avait : du pain, du vin blanc d’ici, un peu de fromage, des oignons. La meilleure rigolade de soupe depuis des années… On a tout mis dans un panier et on a filé sur la plage qui était au bout du jardin. On voyait comme en plein jour. Elle était délicieuse parce que très chaude. Ça faisait des fils, ça a fait la nuit, aussi.

Et puis ce velouté que j’ai voulu très « chic » pour étonner ma belle famille. Je l’ai ronronné onctueux et enjôleur, j’avais emprunté des couverts en argent, je ne sais plus bien quels étaient les parfums conjugués, mais après j’ai dit un grand « ouf » de soulagement. Ça s’était bien passé.

Mais comment ai-je pu préparer de telles soupes de poisson dans une si petite cuisine ? C’était à l’appart, on était tout jeunes, tout le monde aimait ça, alors je faisais de grandes tablées autour de ces préparations, la recette n’était pas bien établie mais, ça plaisait toujours. Et comme ça ne prenait pas trop de temps, parce que la soupe « hot shot » se terminait par des glaces toutes prêtes, je préparais des menus « aquarellés »…

A Melbourne en Australie, dans un restaurant asiatique qui donnait sur la rivière Yarra, j’ai choisi un peu au hasard. L’assiette de tofu soyeux présentait une surface très lisse et semi consistante. Dessous, des légumes et du poisson indéfinissables. Je n’étais prête ni à cette consistance étrange ni à cette quantité, le bol était géant. Peu à peu j’ai apprivoisé la saveur, la texture et à la fin j’étais conquise. Maintenant je cherche toujours cette étrange soupe sans jamais la retrouver. Il ne reste qu’une photo prise timidement…

Mince, déjà, c’est l’heure !
Périphérique, Montmartre en vue, les stands sont dressés place des Abbesses, le soleil est de la partie ! Virginie est là, elle va m’aider à éplucher énormément de céleris et de pommes de terre. On prépare un velouté qu’on va agrémenter de cèpes « confits ». Nos deux grosses marmites bloubloutantes laissent échapper des parfums qui donnent faim. Les gens sont là, très vite il y a foule. Les gourmands « achètent » un bol à l’accueil du festival et papillonnent de stand en stand pour tout goûter.
A «  Amoureusement Soupe » l’ingrédient majeur est végétal. Et c’est fou l’incroyable variété de soupes qu’on peut préparer à base de légumes. On n’a pas trop le temps de papillonner mais de temps en temps on va gouter sur le stand des copains, on se régale. La place est transformée en repère de gourmets qui commentent, conseillent tel ou tel stand, discutent plus ou moins sérieusement, « tchinent de soupe »…
De mon côté je sais que le « confit de cèpes » va bien plaire…
Bon allez je vous confie mon secret : pour réussir à préparer une marmite entière de cèpes, j’ai fait compoter ensemble des cèpes séchés et réhydratés, des champignons de Paris coupés menu revenus dans l’huile d’olive avec des herbes aromatiques et un peu de tamari. L’effet est bluffant et se marie parfaitement avec le velouté de céleri. Les « gouteurs » ont droit à deux louchées : une de velouté de céleri pommes de terre à la saveur assez douce. Et au milieu, on verse une deuxième louchée, légèrement plus petite, de « confit de cèpes » qui va bien. A partir de là deux écoles se dessinent : celle des impatients touilleurs, qui mélangent d’emblée les deux couleurs, deux saveurs, et celle des slow épicuriens, qui dans une même cuillerée conjuguent un peu de céleri et un peu de cèpes… C’est rigolo de les voir donner leurs points de vue avec conviction. Mince, il n’y en a déjà plus ? Il est déjà si tard ?
Véronique m’appelle, il parait que ma recette a gagné ? Dans mon fort intérieur je ne pense qu’une chose : « ouf, ils ont aimé » !